mercredi 14 septembre 2016

Université d'été de Lille : la grande braderie des lieux communs

Prenons un temps d'avance : tel était le thème et l'objectif de l'université d'été qui a réuni 500 de nos dirigeants à Lille (c'est déjà mieux que Rio...) consacrée une nouvelle fois au digital.

Si vous prenez le temps de lire l'article consacré à cette université d'été sur l'intranet, vous verrez qu'aucun cliché, aucun lieu commun ne nous est épargné : monde mobile et agile, transformation digitale, innovation, objets connectés, intelligence artificielle, réalité virtuelle, digital factory...

Mais franchement, il faut avoir les nerfs bien accrochés pour ne pas éclater de rire (nerveux) à la lecture de ce titre "prenons un temps d'avance" !

C'est bien, de se fixer des objectifs élevés et de porter une véritable ambition, mais il faut aussi garder les pieds sur terre... Si on pouvait combler le retard accumulé depuis 20 ans dans ce domaine, ce serait déjà un bon résultat.

Si déjà nos dirigeants pouvaient se familiariser avec l'utilisation d'un ordinateur pour ne pas avoir l'air, lorsqu'ils interviennent en réunion et tentent de faire avancer une présentation powerpoint, d'une poule ayant trouvé un couteau, ce serait un premier pas...

Si déjà on arrivait à faire fonctionner sur les sites Internet de nos marques, des simulateurs tout ce qu'il y a de plus basiques, ce serait un progrès.

Si déjà il ne fallait pas 2 ans d'attente avant de faire réaliser un petit développement par i-BP ou IT-CE, on pourrait commencer à parler d'agilité.

Si déjà nos pare-feux n'étaient pas paramétrés en mode paranoïaque, au point que les SI des différentes entités du groupe ne peuvent quasiment pas dialoguer avec le nôtre, on pourrait peut-être imaginer la banque 3.0.

Si déjà chaque collaborateur de BPCE était équipé, en plus de son poste de travail, d'un smartphone professionnel (pas trop ancien si possible) et de la même tablette que celles mises à disposition de nos réseaux, on pourrait commencer à parler de mobilité et de transformation.

Si déjà on ne se lançait pas dans des travaux destinés à transformer une partie du 8ème étage en passerelle du vaisseau spatial Enterprise (Star Trek) pour accueillir notre Chief Digital Officer et ses équipes, avant même qu'il soit là, on pourrait se dire qu'on ne met pas la charrue avant les boeufs.

Et si tout simplement on arrêtait la poudre aux yeux et l'autosatisfaction pour tenir un discours pragmatique et regarder la réalité en face, on pourrait commencer à parler d'intelligence, artificielle ou pas.

mercredi 7 septembre 2016

Jackpot

Hier, lors d'une réunion du Comité d'entreprise, un dossier d'acquisition d'une  "fintech" a été présenté.
Nous nous sommes engagés à garder un minimum de confidentialité, donc nous nous abstiendrons de dire quoi que ce soit qui puisse permettre d'identifier la société.
Toutefois, cela ne nous empêche pas de dire ce que nous en pensons !

Sur le principe, tout d'abord, acheter une startup créée en 2014 et qui à ce jour réalise des pertes environ trois fois supérieures à son chiffre d'affaires, est un investissement pour le moins risqué.

Ensuite, les montants indiqués dans le dossier présenté au Comité d'entreprise font état d'une valorisation qui équivaut à 137 fois le chiffre d'affaires et 1000 fois le capital social...

Enfin, cerise sur le gâteau, le dossier présente le service commercialisé par cette société comme "un facteur différenciant en l'absence de toute solution concurrente à ce jour". Or, une recherche rapide sur Internet montre que non seulement des solutions concurrentes existent depuis plusieurs années, mais qu'en plus certaines d'entre elles sont gratuites !

Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement parce qu'un autre groupe semble s'être positionné sur le rachat de cette "fintech" et qu'un dossier a été monté à la va-vite pour faire une offre, visiblement sans véritable étude préalable.

Dire que nous ne sommes pas convaincus par ce dossier serait un euphémisme et l'avis rendu à l'unanimité par le CE a d'ailleurs été négatif. Malheureusement, cela n'empêchera pas nos dirigeants de réaliser cette acquisition, comme celle de meilleurtaux.com en d'autres temps...

L'avenir nous dira si les 2,8 millions d'euros investis constituent un bon investissement. En revanche, il est probable qu'il s'agit d'une très bonne affaire pour les actionnaires minoritaires de cette société (dont un dirigeant du MEDEF), bien contents de récupérer  au bout de 2 ans 2,8 M € pour une  mise de départ de 3 000 € !